18 mars 2013

#1 - Ou comment vouloir parler des 24 H de la Bande-Dessinée à Bordeaux et finalement peu en parler

Ce fut sous couvert d’Amitié que je me rendis à Bordeaux le week-end dernier afin d’infiltrer un évènement qui en était à sa cinquième année d’existence. Savoir qu’il y aurait pendant 24 h un buffet gratuit pesa principalement sur ma décision de faire 4 h de train pour m’y rendre. Fort heureusement, la présence d’un pâté en croûte, de rillettes du Mans et de génoises « saveur framboise » ne me fit aucunement regretter ma plongée au sein de cette faune si particulière que l’on nomme « dessinateurs ».

Lorsque l'on ne sait pas dessiner, on s'imagine aisément que réaliser 22 planches est un jeu d'enfants. Au fond, les dessinateurs ne font que gribouiller et s'ils viennent à se plaindre, ce ne peut être que par volonté de se faire rassurer/complimenter quant à leur talent.Je pensais cela avant de me confronter à l'exercice de style qu'est de fournir un travail fini en une journée : cet article de blog ne fut-il pas commencé il y a près d'une semaine ? Avez-vous vu sa petitesse ? Lorsque nous écrivons, nous n'avons pas seulement à ordonner nos mots, nos phrases et noircir en rectangle nos carnets ou nos écrans, il nous faut aussi réfléchir à la matière, choisir l'angle de vue et mener convenablement notre pensée jusqu'à son terme. Le dessinateur, lui, en plus d'avoir à travailler ce même cheminement créatif se doit aussi de bien choisir son matériel et la méthode qu'il pratiquera alors qu'un simple stylo nous suffit amplement pour écrire. Heureux donc les dessinateurs, ils ont toute mon admiration... et surtout Ima!

Ou ce que je pensais d'Ima avant de le rencontrer

Un homme qui dessine des femmes nues pouvant se faire "saluer les vertues" par un chien, des escargots ou tout autre espèce baveuse m'inspire aussitôt un sentiment d'attraction/répulsion. Ses longues planches verticales (voir l'excellent "Le fond de la piscine") où des univers foutraques s'enchaînent, chargés comme du Baroque, me rappellent les migraines de mon enfance où malgré l'obscurité de la pièce où j'étais allongé, des visions conglomérées de couleurs et de sons dégueulasses me faisaient sombrer dans les vomissements.

Avant que je ne le rencontre, Ima m'apparaissait comme un individu sûr de lui et misogyne qui croûlait sous les boites vides de mouchoirs et les historiques de sites pornos. Un individu dont j'imaginais les discussions avec ses amis comme pouvant débuter par un échauffement en deux ou trois banalités graveleuses et se terminer en plusieurs sets de priapisme cérébral (bonnes bières/ rires gras/concours de kékette) ... Cependant, je jugeais aussi Ima comme un individu réfléchi : ses prises de paroles sur BigBrother-Facebook en témoignaient ainsi que sa contribution au sein du site -intelligent et intelligible- Solitude(s).

Bref, je voulais rencontrer Ima.

Ou comment je compris que je n'étais pas grand chose

Ima est arrivé, timide. Une sorte de tanuki made in Pompoko (l'utilisation compulsive des bourses en moins), la tête glissé entre les épaules comme s'il s'excusait d'être là et de devoir prendre 1/100 ème de table pour dessiner (à côté, mon bazar prenait 20/100ème et ma présence était la moins légitime de tous les participants (enfin si, je préparais les cafés)). Bref, Ima est "attachant", profondément "mignon". Pas "mignon" dans le sens "ouah trop caliente ton frangin ! ààààààà pooooooiiiillllll !!!!", non, non, mais suffisament calme et gentil pour qu'on ait envie de le prendre pour un chat et lui gratter sous le menton. Eh oui, Ima devant moi, n'était pas un révolutionnaire en rouflaquettes qui vocifère du Jaurès en taillant son crayon ou en cherchant sa gomme (qu'on faillit plus d'une fois lui greffer à la place d'un doigt tant il la réclama aux ignobles emprunteurs). Mes a priori étaient tels que j'en vins deux fois à faire des remarques qui, à posteriori, me font honte : l'une fut de limiter la pensée d'Ima à celle de Nietzsche (preuve de ma limite d'esprit et non de la sienne) et la seconde, de m'être montré assez hautain lorsqu'il vint à parler de féminisme ("Comment ? Lui ? Parler de cela ?" etc.).

Le contraste entre le calme d'Ima et le bordel des univers qu'il compose donne davantage du sens à celui-ci. Une personne excentrique offrant au monde qu'il crée sa même exubérance, cela ne m'étonne plus, c'est lassant, on en croise continuellement... Ima, lui, m'enchante car son univers est tellement intériorisé qu'il ne transfigure pas/plus sur sa personne. L'univers est mûri, prêt à s'offrir à n'importe quel moment, sur une fresque comme sur une serviette en papier, dans un tram ou en attendant un plat au restaurant. Savait-il où il allait lorsqu'il débuta les gobelets ? Je ne crois pas. Le gobelet vide se présentait devant lui, il en tenta un, puis un second, puis un autre... Il se mit à reproduire plus de 24 fois la même télé et le même fauteuil quand, personnellement, au bout du troisièmeme gobelet, j'en aurai été à me tailler les veines au couteau en plastique (afin de rester dans un esprit "pique-nique"). "N'importe qui peut faire ça !" Peut être, mais encore faut-il en avoir l'idée et savoir offrir une dynamique convenable au récit. Son mécanisme narratif, bien qu'en partie inné, semble aussi formé par une curiosité saine : certaines de ses planches se nourrissent de références en tout genre et son intérêt pour les discussions culturelles, politiques ou philosophiques n'est plus à prouver.

Bref, il m'est apparu clairement que je ne macérais pas dans mon sweat à côté de n'importe qui.

Ou ce que j'espère pour Ima

S'il lit cet article (ce qu'il fera sûrement), j'espère qu'il ne rougira ni de colère, ni de trop de modestie. Je l'aurais bien accroché au poteau Sauvage Garage mais Anne-Perrine m'a dit qu'il voulait être un électron libre (ce qui ne l'empêche aucunement de se joindre à nous pour des créations et festivités, hein). Je respecte ce choix et en vient même à lui souhaiter de l'être le plus longtemps possible et que ses collaborations ne se fassent jamais avec fouet ou cravache (même s'il peut être demandeur, ça risquerait de l'endommager). Son univers aurait toute sa place au sein de la revue "Fluide Glacial" et je lui conseillerais donc (si ce n'est pas déjà fait) d'envoyer quelques envolées lyriques de ce côté-ci. Enfin, souhaitons lui que le travail "alimentaire" pour lequel il se forme actuellement ne lui occupe que 20 % de son temps et que pour les 80 % restant, il s'efforce de ne pas contredire mes pronostics quant à son importance, d'ici quelques années, au sein de l'univers graphique hexagonal.  

 

 

 

Posté par Pascal Vion à 19:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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